“À chaque fois que je l’écoute je ne comprends rien” : Pascal Praud sur Emmanuel Macron.
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L’alarme retentit, lancée par ceux qui tiennent les rênes de l’industrie française.
Le pays est-il en train de s’autodétruire ? C’est la question brûlante qui a dominé les débats récents, suite à la confirmation par la France de son soutien à l’interdiction de la vente des voitures thermiques neuves (essence et diesel) à l’horizon deux mille trente-cinq.
Ce qui est présenté comme un acte de vertu écologique par certains, est dénoncé par d’autres – et non des moindres – comme un suicide économique pur et simple, teinté d’une idéologie déconnectée de toute réalité industrielle et consumériste.
L’onde de choc est partie d’une tribune percutante publiée dans Le Figaro par l’ancien ministre Luc Châtel, aujourd’hui président de la Plateforme automobile (PFA).
Son message est un cri du cœur, une mise en garde tragique : « La France est-elle encore au côté de son industrie automobile ou est-elle prête à faire le sacrifice de l’un de ces derniers fleurons industriel en tirant un trait sur des milliers d’entreprises et des centaines de milliers d’emplois au cœur du pays ? » Pour Luc Châtel, le choix de Paris semble clair : la France a choisi de « tirer contre son camp », hypothéquant l’avenir de l’emploi et du savoir-faire national au nom d’un dogme.
Le Mystère Macron : Flexibilité Vague et Incompréhension
Face à l’urgence, les propos d’Emmanuel Macron, rapportés par Pascal Praud, n’ont fait qu’épaissir le voile de l’incompréhension et de la frustration.
Le chef de l’État a bien réaffirmé la nécessité de « garder l’objectif deux mille trente-cinq », mais y a ajouté un bémol sibyllin : il faudrait « qu’on soit intelligent » pour « garder nos emplois les développer », en évitant que la mesure ne soit « un coup près qui tombe de manière complètement aveugle ».
La solution avancée par le Président ? « Ouvrir des flexibilités avec plus de neutralité technologique », laissant entendre que d’autres solutions moins émettrices de COdeux pourraient être envisagées. Mais pour Pascal Praud, cette rhétorique est symptomatique d’un discours politique volontairement nébuleux.
Son constat est sans appel, et résume l’état d’esprit d’une grande partie des observateurs : « À chaque fois que je l’écoute, je ne comprends rien ».
Ce qui est certain, c’est que sur la scène européenne, la France s’est retrouvée dans une position d’isolement idéologique.
Tandis que l’Allemagne, via son chancelier, demandait à « suspendre » l’échéance et que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen – Allemande elle aussi – n’y était « pas contre », la France, aux côtés de Madrid, a maintenu un « non » catégorique à toute flexibilité majeure.
Cette fermeté française, qui contraste avec l’approche pragmatique allemande, soulève une question douloureuse : pourquoi cet acharnement à soutenir une mesure qui dévaste notre propre industrie, quand nos partenaires, au nom de leurs propres intérêts nationaux (l’énorme industrie automobile allemande), cherchent à tempérer ?
Le Spectre de Fessenheim : L’Analogie Nucléaire Inquiétante
Pour comprendre l’ampleur de la déroute actuelle, il est essentiel de suivre Pascal Praud dans son analogie dévastatrice. Le débat sur les voitures thermiques n’est, selon lui, qu’une répétition tragique de l’auto-sabotage mené par la France sur sa filière nucléaire.
Un parallèle saisissant, qui confère à la crise automobile actuelle une dimension de trahison nationale.

Praud rappelle l’historique amer de la destruction de l’énergie nucléaire française. Une destruction qui, comme l’automobile aujourd’hui, fut menée pour des raisons politiques et non industrielles.
L’objectif était clair : « plaire aux Allemands sur le nucléaire et pour plaire à Angela Merkel qui avait peur après ce qui s’est passé à Fukushima ».
Pour cette seule raison de politique européenne, la France s’est engagée dans un démantèlement spectaculaire de sa souveraineté énergétique.
Cela s’est traduit par l’acceptation d’aligner le prix de notre électricité produite à bas coût, via nos centrales nucléaires, sur le prix de l’électricité allemande, avec la création de cet « magnifique marché européen de l’électricité ».
L’acte le plus symbolique, et le plus dommageable, fut la fermeture de Fessenheim, « une centrale en parfait état », laissant des travailleurs sans solution et des ingénieurs formés au « démantèlement de centrale ».
Le résultat de cette politique de complaisance est aujourd’hui une cicatrice béante. Quand Emmanuel Macron, dans sa campagne de deux mille vingt-deux, a promis de relancer le nucléaire avec la construction de petits réacteurs, la réalité a rattrapé la promesse.
« Il y a pas un chantier qui est lancé à l’heure où on se parle. On avait plus les ingénieurs pour ouvrir des centrales parce qu’on avait formé nos ingénieurs français à les démanteler ».
C’est ce modèle de destruction du savoir-faire et de la capacité de production nationale que le pays semble reproduire aujourd’hui avec l’automobile. Pour Pascal Praud, l’industrie automobile est la nouvelle victime, sacrifiée par une « désindustrialisation automobile en France ».
La manœuvre est d’autant plus absurde que, cette fois, l’Allemagne défend son industrie et cherche à temporiser, tandis que Paris fonce tête baissée vers l’interdiction de deux mille trente-cinq.
L’Idéologie Contre la Réalité : Le Triple Échec de la Voiture Électrique
L’argument central des critiques est que le basculement vers le tout-électrique est « purement idéologique », une « idéologie écolo » dénuée de fondement scientifique et industriel solide.
Un. Le Mythe Écologique Contrairement au discours officiel, la voiture électrique est loin d’être la panacée environnementale. La critique est sans ambiguïté : « Le recyclement des batteries est tout aussi polluant sans doute que les voitures thermiques aujourd’hui ».
Si le nucléaire ne pollue pas, la voiture électrique n’est pas « aussi bonne pour la nature » qu’on le prétend, précisément parce que la filière du recyclage des batteries n’est « pas du tout au point ».
C’est un sacrifice au nom d’un dogme « vert » qui n’offre même pas la garantie d’un véritable bénéfice écologique.
Deux.
Le Cadeau Empoisonné à la Chine Le pire n’est pas seulement la destruction de notre capacité à produire des véhicules thermiques, mais le fait que l’interdiction de deux mille trente-cinq ouvre un boulevard à la concurrence étrangère, en particulier la Chine, qui a pris une avance considérable sur la technologie des véhicules électriques.
Le résultat sera une invasion du marché français par les voitures chinoises, un transfert de richesse et d’emplois, rendant la France tributaire d’une puissance étrangère.
Praud ironise sur l’absurdité environnementale de cette situation : « quand vous faites venir des voitures chinoises produites en Chine, en France, ça pollue pas ? » L’idéologie verte aboutit donc à l’importation de la pollution et à l’exportation de nos emplois.
Trois. Le Désaveu du Consommateur et les Problèmes Techniques Au-delà de l’idéologie et de la géopolitique, l’échec se mesure sur le terrain, celui du consommateur final.
Luc Châtel l’avait pressenti : « le pire serait que nous fassions des transformations, les investissements, que nous ayons les voitures mais que nous n’ayons pas les clients ». Nous y sommes.
Luca de Meo, ancien patron de Renault, l’avait confirmé devant l’Assemblée nationale : la transition est « dure ». Pourquoi ?
Le Prix: Une voiture électrique coûte beaucoup plus cher qu’une voiture thermique. Un obstacle majeur pour le budget des ménages.L’Autonomie: La voiture électrique ne permet pas de longs trajets sans stress. L’exemple est frappant : vouloir « aller à la baule » devient un calvaire, nécessitant des arrêts fréquents.
Surtout, la performance se dégrade considérablement avec les conditions climatiques. Quand « il fait chaud, vous mettez la clim », l’autonomie diminue considérablement. Quand « il fait froid », la consommation énergétique augmente, le véhicule devient impraticable.La Sécurité Incendie: L’aspect le plus effrayant est sans doute celui de la sécurité.
Pascal Praud insiste sur un fait majeur, connu des professionnels : « une voiture électrique qui prend feu. Vous ne pouvez pas l’éteindre. Entendez ce que je vous dis hein. Vous ne pouvez pas l’éteindre ».
Il rappelle l’incendie du cargo en Hollande, où le feu avait duré plusieurs jours car il est impossible d’arrêter la réaction thermique des batteries. Le manque de sécurité des batteries, y compris sur des modèles haut de gamme, est un point soulevé comme « catastrophique ».
En somme, l’État impose un produit plus cher, moins pratique, et potentiellement plus dangereux, au nom d’un bénéfice écologique douteux.
Le « Fait du Prince » et le Changement de Cap Inexpliqué

Cette politique est jugée comme un « fait du prince », une décision arbitraire. Le doute sur la cohérence de l’exécutif est accentué par la « volte-face » de l’État. Marc Ferracci, alors ministre de l’Industrie, avait annoncé que la France « suspendrait » son soutien à l’interdiction.
Pourtant, « la France a changé sa position » pour une raison que personne ne connaît. Cette inconstance et cette opacité politique, sur un sujet qui engage l’avenir de centaines de milliers d’emplois, sont dénoncées comme irresponsables.
Le débat n’est plus technique ou économique, il est « purement idéologique », comme « tant de sujet ». Le drame, c’est qu’après avoir détruit notre filière nucléaire, la France est en train de sceller le destin de sa filière automobile.
Et lorsque d’aucuns se plaignent que la France ne produise plus assez, la réponse est cinglante : « Bah oui, on a plus d’industrie. Comment voulez-vous ? »
La fatalité semble écrite. Tandis que les ingénieurs se font rares et que les industriels tirent la sonnette d’alarme, le pays se dirige vers une date fatidique. L’échéance de deux mille trente-cinq, comme le rappelle un intervenant, c’est « demain ». Il y a quelques années seulement, Fessenheim fermait.
Aujourd’hui, c’est la voiture thermique qui est condamnée.
Le pays se trouve face à un choix : accepter ce sacrifice industriel au nom d’une idéologie fragile, ou faire preuve de cette « intelligence » et de ces « flexibilités » que le Président a lui-même évoquées, avant qu’il ne soit trop tard pour sauver l’un des derniers fleurons industriels français.
Le risque n’est plus l’accident, mais le « crash » programmé.