Dans le paysage politique français, rares sont les personnalités qui manient le verbe avec autant de tranchant et de liberté que Rachida Dati. Connue pour ne jamais mâcher ses mots et pour son refus obstiné de se plier aux courbettes diplomatiques habituelles, l’ancienne Garde des Sceaux a une nouvelle fois fait trembler les murs du politiquement correct. Cette fois, sa cible n’est autre que le sommet de l’État : Emmanuel Macron lui-même.
Loin des critiques purement politiques ou idéologiques, Rachida Dati a choisi de porter le fer sur un terrain beaucoup plus personnel, celui du caractère et de la nature humaine, livrant un portrait au vitriol de l’actuel locataire de l’Élysée.
C’est une facette bien différente de l’image publique, souvent maîtrisée et lissée, du président de la République que Rachida Dati affirme avoir découverte au fil des années. Ses propos, directs et sans concession, résonnent comme un coup de tonnerre dans le ciel feutré de la macronie. Selon elle, derrière le sourire affable et la communication rodée se cacherait une réalité bien moins reluisante. Emmanuel Macron ne serait pas, selon ses dires, quelqu’un de particulièrement bienveillant.
Pire encore, elle n’hésite pas à le qualifier de “mec méchant”, une attaque frontale qui vise le cœur même de la personnalité du chef de l’État.
Pour étayer ses dires, Rachida Dati ne s’appuie pas sur des rumeurs ou des “on-dit”, mais sur une expérience personnelle et une connaissance ancienne de l’homme. Elle tient à rappeler qu’elle a côtoyé Emmanuel Macron bien avant son accession fulgurante à l’Élysée, à une époque où il naviguait encore dans les eaux parfois troubles des cabinets ministériels et de la haute administration. Leur relation commune avec Jean-Pierre Jouillet, figure incontournable des arcanes du pouvoir, a été le théâtre de plusieurs rencontres.
Elle explique l’avoir croisé à de nombreuses reprises, notamment dans l’intimité du domicile de cet ami commun, puis plus tard, lorsqu’il occupait le poste stratégique de ministre de l’économie sous François Hollande. Ces moments partagés, loin des caméras et des mises en scène officielles, lui auraient permis de cerner la véritable nature de celui qui allait devenir président.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la maire du VIIe arrondissement de Paris s’exprime de manière aussi critique et acerbe à propos d’Emmanuel Macron. La mémoire politique se souvient encore de ses sorties médiatiques de 2019, où, face aux journalistes d’investigation Gérard Davet et Fabrice Lhomme, elle avait déjà tenu des propos d’une rare incisivité. À l’époque, elle affirmait déjà le connaître “depuis longtemps”, balayant d’un revers de main la légende dorée du jeune prodige venu de nulle part.
Elle le décrivait alors comme le pur produit d’un système, quelqu’un issu d’un milieu privilégié, ayant bénéficié dès le départ de réseaux influents et puissants. Selon elle, Macron maîtrisait parfaitement les rouages complexes de l’administration, non pas par génie politique pur, mais par héritage et par formation.
Cette description, loin d’être anodine, visait à déconstruire le mythe du “nouveau monde” qu’Emmanuel Macron prétendait incarner. Pour Rachida Dati, il ne fallait surtout pas se méprendre sur sa personnalité. Elle estimait, avec la clairvoyance brutale qui la caractérise, qu’il ne correspondait absolument pas à l’image d’un homme particulièrement sympathique que ses communicants tentaient de vendre aux Français. Cette dissonance entre l’être et le paraître semble être au cœur du ressentiment ou du moins de la sévérité du jugement de l’ancienne ministre. Pour elle, la bienveillance affichée n’est qu’un vernis qui craque dès que l’on gratte un peu la surface.
Pourtant, au milieu de ce tableau sombre dressé autour de la figure présidentielle, une nuance de taille apparaît lorsqu’il s’agit d’évoquer l’autre moitié du couple : Brigitte Macron. Les déclarations de Rachida Dati à ce sujet sont empreintes d’une complexité fascinante, mêlant analyse politique froide et respect personnel sincère. Elle a, par exemple, évoqué la différence d’âge au sein du couple présidentiel, laissant entendre que cette particularité pourrait, selon elle, être utilisée cyniquement comme un atout d’image, une façon de moderniser le profil du président ou de capter une certaine sympathie.

Mais ce serait une erreur de réduire la pensée de Rachida Dati à cette seule analyse stratégique. Malgré les critiques virulentes visant le chef de l’État, elle a su, par le passé, exprimer un respect réel et appuyé pour la Première Dame. C’est dans son livre, La Confiscation du pouvoir, qu’elle a livré ses pensées les plus nuancées sur Brigitte Macron. Loin de l’image de “méchanceté” qu’elle accole au mari, elle soulignait la force de caractère et le courage inouï nécessaires à l’épouse pour faire face à la violence des critiques publiques et aux jugements permanents qui s’abattent sur elle.
Dans cet ouvrage, Rachida Dati décrivait Brigitte Macron comme une femme élégante et déterminée, une figure capable d’apporter une dimension plus humaine, plus charnelle, à l’exercice souvent désincarné du pouvoir. Elle reconnaissait en elle une capacité à rester fidèle à ses choix de vie et à ses convictions profondes, malgré la tempête médiatique et politique permanente. Cette dichotomie dans le jugement de Rachida Dati est révélatrice : elle sépare l’homme politique, qu’elle juge dur, froid et calculateur, de la femme qui partage sa vie, qu’elle perçoit comme résiliente et digne.
Ces révélations et ces analyses, portées par une voix aussi libre que celle de Rachida Dati, nous invitent à regarder au-delà des apparences et des discours officiels. Elles nous rappellent que la politique est avant tout une affaire d’hommes et de femmes, avec leurs tempéraments, leurs failles et leurs vérités, parfois bien éloignées des images de papier glacé. En qualifiant Emmanuel Macron de “méchant” tout en saluant la dignité de Brigitte, Rachida Dati ne fait pas que lancer des piques ; elle dessine, avec ses mots à elle, la complexité humaine du pouvoir.