Nous sommes en 2055 et l’écran central de la salle de contrôle du Kennedy Space Center affiche une image que personne n’oubliera. Un objet allongé en forme de cigare, vingt fois plus gros que le visiteur interstellaire Oumuamua, avance imperturbable. Sa désignation officielle est 3I/ATLAS, mais en ligne, on l’appelle déjà le Porteur du Chaos. Autour d’elle, neuf orbes lumineux se déplacent en parfaite synchronisation, tels les drones éclaireurs d’une ruche invisible. La diffusion en direct d’une sonde spatiale glace le souffle de millions de téléspectateurs.

Le Dr Hiroshi Sato, un astrophysicien japonais qui a suggéré en 2017 qu’Oumuamua était un vaisseau abandonné, apparaît dans une fenêtre secondaire. Son visage pâle reflète le poids d’avoir eu raison. « Ce que nous avons vu en 2017 n’était qu’un héraut », déclare-t-il d’une voix tremblante. “3I/ATLAS est le vaisseau mère. Les neuf objets sont des sondes de reconnaissance. Leur champ de distorsion local est identique à celui que nous avons détecté sur Oumuamua, mais amplifié mille fois.”
L’alerte est tombée à 06h42 GMT. Le télescope ATLAS, qui en 2053 a enregistré l’anomalie comme une simple dérive non gravitationnelle, confirme désormais le caractère artificiel. La coque de l’objet principal est couverte de marques qui ressemblent à des cicatrices de combat, et sa trajectoire a été corrigée avec une précision chirurgicale à 06h38. La destination : impact direct avec la Lune. Ce n’est pas un accident. C’est une déclaration.
Dans la salle de crise de la NASA, la directrice générale, Elena Ramírez, active le Protocole du Chaos. “Nous ne sommes pas face à une comète”, dit-il aux micros. “Les données spectroscopiques montrent une source d’énergie qui défie nos lois physiques. Le champ de distorsion généré par 3I/ATLAS déforme l’espace qui l’entoure.” Les neuf objets secondaires sont déployés dans une formation triangulaire, balayant la Terre avec des impulsions lumineuses qui interfèrent avec les satellites de communication.
Les scientifiques estiment que l’impact lunaire se produira dans 72 heures. L’onde de choc déstabilisera les marées, provoquera des séismes en chaîne et lancera des fragments sur l’orbite terrestre. Mais la véritable terreur n’est pas la destruction physique. C’est le message. «Ils démontrent leurs capacités», explique Sato. “D’abord Oumuamua comme marqueur. Maintenant ça. Ils nous disent qu’ils peuvent arriver ici quand ils le veulent.”

Dans les rues, la panique se propage plus vite que n’importe quel virus. Les marchés s’effondrent, les gouvernements déclarent l’état d’urgence et les églises se remplissent. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #3IAtlas dépasse le milliard de publications en six heures. Une vidéo virale montre comment l’un des orbes secondaires s’approche de la Station spatiale internationale, projetant des symboles géométriques sur sa surface avant de reculer.
La communauté scientifique se demande si elle doit réagir ou rester silencieuse. Le protocole SETI, conçu pour les premiers contacts, est jugé obsolète face à une menace évidente. “Il n’y a aucune diplomatie possible avec quelque chose qui pointe vers notre lune comme s’il s’agissait d’une cible d’entraînement”, déclare Ramírez. L’armée prépare des missiles nucléaires en orbite, mais les modèles prédisent que toute attaque serait absorbée par le champ de distorsion de l’objet principal.
Pendant ce temps, les neuf orbes commencent à descendre. On s’arrête au-dessus du désert d’Atacama, projetant un faisceau de lumière qui dessine un motif identique à celui laissé par Oumuamua dans les données de 2017. Un autre survole le Vatican, où le pape appelle à une prière mondiale. Au Japon, Sato reçoit une diffusion directe de 3I/ATLAS. Le message, dans un japonais parfait, est bref : “Nous avons observé. Nous avons appris. Maintenant, nous agissons.”
Au fur et à mesure que le compte à rebours avance, des questions surgissent auxquelles personne ne veut répondre. Pourquoi la Lune ? Est-ce un acte de guerre ou un avertissement ? Les données de la sonde montrent que 3I/ATLAS ne décélère pas. Sa vitesse augmente. Les neuf objets se regroupent pour former une flèche pointant directement vers la face visible de notre satellite.
Dans sa dernière déclaration publique, Hiroshi Sato regarde la caméra avec des yeux qui ont vu la fin d’une époque. “Pendant des décennies, nous avons cherché une vie intelligente. Nous l’avons trouvée. Et elle n’arrive pas en paix.” La transmission est interrompue lorsqu’une impulsion électromagnétique globale interrompt les communications. Dans l’obscurité soudaine, ne subsiste que la lueur de neuf points lumineux dans le ciel nocturne, inexorablement approchants.
L’humanité, qui rêvait d’étoiles, contemple désormais son reflet dans la coque métallique de 3I/ATLAS. L’impact est prévu le 4 à 14h17 GMT. D’ici là, chaque seconde nous rappelle que la curiosité humaine nous a emmenés exactement là où nous avions toujours peur d’aller.